Extrait 1

A.. est un réfugié qui tente de repasser à l'université l'équivalence de son diplôme iranien. Nous nous connaissons depuis plus d'un an.

- Pourquoi veux-tu me prendre en photo ? D'habitude, quand on dit le mot « réfugié », les gens prennent peur ! dit-il en riant. Je ne veux pas être pris en photo ici, reprend-il. Allons ailleurs, dans un bel endroit. J'en connais un. 

Deux jours plus tard nous prenons la voiture et sortons de la ville. C'est une matinée ensoleillée de début d'été. Après quelques minutes de conduite, nous nous garons et commençons à marcher sur un petit sentier en bordure de forêt. Je l'interroge :

- Es-tu parvenu à trouver un logement ?

- Non, pas encore... J'ai environ vingt jours pour quitter les lieux. Je ne sais pas ce que je vais faire. 

Nous marchons jusqu'au sommet de la colline. Depuis ce point de vue, on aperçoit la ville baignée de soleil. La mer étincelle.

- Wouaou ! C'est magnifique n'est-ce pas ? s'exclame-t-il. Je hoche la tête en souriant.

- C'est vrai, dis-je en prenant une photo.

Après quelques minutes, nous redescendons et nous arrêtons au café. Nous commandons et nous installons. La terrasse est déserte. Je lui demande :

- Comment ça se passe à l'université ? Tu as bientôt fini, non ?

Il allume une cigarette.

- C'est difficile. Je n'arrive pas à me concentrer. Quand tu crois avoir résolu tous les problèmes, mis un peu d'ordre dans ta vie, que tu es capable d'y faire face de nouveau, alors quelque chose d'autre se produit... tu sais, quand tu te sens déprimé tous les jours... Tu connais ces sentiments ?

Pendant un moment il reste silencieux, fumant et regardant le paysage autour de nous. Puis il reprend:

- Je me sens coupable. J'aurai dû faire mieux. 

Extrait 2

Ce récit relate un épisode du voyage de H. entre l'Iran et l’Angleterre. Cela se passe en France en 2003.

- Que faites-vous ici ?

- Je suis venu visiter la France pour quelques jours, puis ensuite je rentrerai en Syrie.

- Vous savez que ce n’est pas un endroit où traîner, me disent-ils. Ils sont très polis. Je réponds :

- Non, je ne savais pas. J’étais simplement curieux.

- Vous devriez aller dans le centre-ville, c’est bien plus beau. Je leur dis « ok ». Ils me rendent mon passeport et s’en vont. Je continue à marcher… mais deux minutes plus tard, ils reviennent. Il n’y a rien que je puisse faire. Je ne peux pas m’enfuir, si je cours, ils m’arrêteront. Je stoppe. Ils sortent de la voiture et l’un des hommes me demande :

- Excusez-moi monsieur, où comptez-vous passer la nuit ?

- Je vais aller dans un hôtel.

- Lequel ?

- Oh… Je ne sais pas encore, je vais en chercher un.

- Avez-vous assez d’argent pour aller dans un hôtel ?

- Evidemment !

- Excusez-moi monsieur, mais pourrions-nous voir cet argent ? 

Alors, je sors de ma poche les quarante ou cinquante euros et commence à inspecter mon sac, faisant semblant d’avoir davantage. Ils prennent mon sac et le vident. Ils y trouvent la moitié du sandwich, mais pas d’argent. Ils me retournent et deux gars me passent les menottes. Puis ils me conduisent en prison. Je meurs d’envie d’une cigarette. Je demande au gars :

- Excusez-moi, pourrais-je fumer une cigarette ? Le mec est gentil. Il me dit :

- Oui, mais juste une. J’en fume trois. Cette nuit-là, j'ai dormis merveilleusement.