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a série Kings Road aborde la question de l'immigration et du droit d'asile en Angleterre.

 

Comme les  autres Etats européens, le Royaume-Uni est pris dans la contradiction d'assurer protection et hospitalité aux personnes ayant subies des persécutions, tout en tâchant de renforcer le contrôle de ses frontières et sur son territoire. Cette volonté double aboutie à la création d'une zone grise, entre légalité et illégalité, dans laquelle les individus se retrouvent plongés durant plusieurs années, dans l'attente d'un hypothétique statut de réfugié.

Les photographies vont à l'encontre d'une narration attendue et tentent de faire écho à la fragmentation que les individus subissent, se trouvant dans une situation transitoire qui devient peu à peu permanente.

Elles révèlent un territoire de vide, de souvenirs fantomatiques et de consolations : la vie peut toujours ressurgir. Mais dans cet état de tension et de vulnérabilité, dans quelle mesure, et pour combien de temps cela peut-il alléger le poids de l'anxiété et de la solitude ?

Les intérieurs et paysages ont été pris aux alentours de Brighton and Hove et dans les logements des demandeurs d’asile et des réfugiés vivant dans cette ville. Quant aux portraits, il s’agit des personnes avec lesquelles j’ai été en contact régulier en 2006 et 2007. Elles sont venues du Moyen-Orient, d’Afrique Centrale et d’Afrique du Nord.

 

Au cours de cette période durant laquelle elles ont accepté de m'ouvrir leur porte, mon interrogation était la suivante : à présent qu’elles sont arrivées, souvent depuis des années, comment ces personnes vivent-elles en Angleterre ?

Contexte

En Angleterre, 96% des demandes d’asile sont rejetées en première instance. Obtenir le statut de réfugié est un combat de longue haleine entre l’individu et le tribunal. Le traitement politique de cette question se caractérise par une résistance globale à accorder le statut, ce qui entraîne l’incapacité de l’administration à répondre aux demandes.

En autorisant cette situation, l’Etat créé un « limbo », dessinant des  frontières incertaines entre légalité et illégalité. Les demandeurs d’asile ne disposent pas du droit de travailler et vivent dans des logements temporaires pour un temps indéterminé. Il est rare qu’une régularisation soit décidée en moins d’un an ; dans la plupart des cas, le processus de régularisation dure des années.

Que se passe-t-il lorsque le transitoire devient quotidien ? Lorsque le statut est finalement obtenu, ces personnes se sentent-elles appartenir à cet endroit, comment relancent-elles leur vie après une longue exclusion ?

L’Angleterre se situe au bout de la route, sur les cartes comme dans les esprits. Aussi longtemps qu’il était un rêve, l’exil est le symbole de toutes les possibilités. Une fois ici, dans ce temporaire devenu un mode de vie, une tension se crée : celle nourrie des rêves que ces gens ont eus jadis et du souvenir de ce qu’ils ont laissé derrière eux.

Dans les années soixante, le demandeur d’asile était perçu comme une victime à protéger. Il est à présent considéré comme suspect. Peu à peu, la notion de sécurité contre toutes sortes de menaces et de risques a été imposée comme une priorité et présentée comme relevant du contrôle strict de nos frontières. Cet impératif de sécurité semble légitimer n’importe quelle politique de détention. Certaines formes en sont visibles, tels les centres de rétention. Garder dans une chambre durant des mois et des années un individu sans lui donner d’accès à un statut, le droit de travailler ni les moyens d’intégrer la société, n’est-ce pas autoriser une autre forme de détention ?

V.B., 2008